Pablo Servigne : Quel système alimentaire pour demain?

A lire avec cet excellent article sur l’agriculture sans pétrole de Pablo Servige, voici une interview percutante de ce sympathisant du champ/Chant des Cailles.
Contrairement à ce que pense la majorité, dont l’ONU, Pablo Servigne est convaincu que:
 
le nombre d’urbains va diminuer,et non augmenter comme le prédisent les experts de l’ONU. Le visage des villes va changer: on va amener de la campagne en ville et amener de la ville à la campagne, c’est évident
Extraits choisis:
Q: C’est l’agriculture urbaine proprement dite…
« Oui, cultiver dans les parcs, sur les friches, sur les toits, sur les balcons, dans des
potagers collectifs… Cela se fait déjà. On observe un grand mouvement de retour de
l’agriculture urbaine dans les pays industrialisés.  […]»

Q: NIMACULTEURS, UNE NOUVELLE RÉALITÉ ?
« Ce qui risque d’arriver aussi, c’est un exode urbain. Après les premiers chocs graves, les personnes les plus fragiles, les plus sensibles vont peut-être se mettre à quitter les villes.  Ce mouvement a d’ailleurs déjà commencé. Il y a parmi les jeunes, et même dans toutes les générations, beaucoup de néo-ruraux, des gens qui s’installent dans des éco-villages, des éco-hameaux, qui souhaitent retrouver une plus grande autonomie alimentaire. C’est un mouvement assez vaste, déjà perceptible dans nos pays. Je pense qu’il va s’accélérer. Tout le monde ne va bien sûr pas quitter les villes, mais je crois que le nombre d’urbains va diminuer,et non augmenter comme le prédisent les experts de l’ONU. Le visage des villes va changer: on va amener de la campagne en ville et amener de la ville à la campagne, c’est évident.»
Q: Qui sont ces néo-ruraux soucieux de retrouver une certaine autonomie alimentaire ?
« Pour les désigner, j’emprunte à Agnès Sinaï le terme de «nimaculteurs ». NIMA, pour Non Issus du Monde Agricole. Ce sont donc des gens qui n’ont pas été élevés à la campagne, des informaticiens, des chômeurs, des artistes, que sais-je encore, diplômés ou non, peu importe, qui se mettent à cultiver parce que les circonstances l’exigent.[ …] »

Q :DÉCISIF: L’IMAGINAIRE
« Mais bien davantage que les questions techniques, que les rouages politiques, que les leviers économiques, fiscaux qu’on pourrait mettre en place pour la transition, ce qu
i est décisif, ce sont les déclics dans l’imaginaire. Techniquement, politiquement, il existe quantité d’outils envisageables. Mais si dans le monde politique, et parmi les citoyens, on reste bloqué dans l’imaginaire du progrès linéaire, c’est impossible. Si on ne voit pas qu’il y aura 120 millions de nimaculteurs dans quinze ans, cela ne se fera pas, tout simplement. Le point essentiel est donc qu’il doit y avoir des ruptures, pas seulement dans les systèmes alimentaires, mais dans l’imaginaire collectif. »

Q: La transition serait donc davantage une affaire culturelle qu’un problème technique?

« Oui, c’est même le cœur de la transition. D’abord on fait un travail dans la tête, dans
l’imaginaire. Il faut traverser la phase de déni, se remettre à imaginer l’avenir. Cela m’a pris des mois de parvenir à des conclusions qui me semblent aujourd’hui évidentes et sont ici énoncées en quelques minutes. Il y a donc un décalage énorme entre la réception des informations rationnelles et le déclic culturel. Il faut d’abord labourer les imaginaires, en même temps qu’on passe à l’action. Les deux se nourrissent.[…] »
« Il ne faut pas avancer avec un seul modèle, même s’il est bon aujourd’hui, car il peut s’avérer moins bon demain. D’autres étiquettes, ou modèles, ou manières de penser qui aujourd’hui ne sont pas efficaces ou à la mode peuvent s’avérer très utiles à l’avenir. L’inattendu nous oblige à disposer d’une boîte à outils extrêmement fournie avec un maximum de possibilités de faire renaître des idées. La pire des choses à faire est d’imposer une solution. Je préconise de cultiver la diversité des modèles, des étiquettes. Même si cela pourrait être une bonne chose, l’objectif n’est pas que tout le monde soit permaculteur, ou, rêvons un peu, que l’agroécologie devienne la politique officielle de l’Europe… Pourquoi pas, mais ce serait tout de même bancal, parce qu’il faudrait conserver une diversité culturelle, au cas où. »
« En fait, si l’on n’a pas conscience des ruptures, les expérimentations de terrain sont
invisibles, en tout cas elles passent inaperçues, on ne comprend pas ce qu’elles font. Une fois qu’on a compris ce constat accablant des crises, qu’on se situe dans un imaginaire de rupture et qu’on cherche, alors elles deviennent perceptibles, on se rend même compte qu’elles sont nombreuses et qu’elles font «réseau». Elles font aussi «rhizome» parce qu’elles sont souterraines et radicales. Tout ce mouvement-là est très puissant; il faut le rendre visible, le préserver, le bouturer, en prendre soin. Les germes de l’avenir sont déjà là: c’est le côté lumineux de la situation, tourné vers l’action. Je ne dis pas que c’est facile et à portée de la main, je dis juste que les chemins sont déjà tracés.»

Et l’auteur de l’article, Guillaume Lohest, qui a interviewé Pablo Servigne de conclure :

« tant que le citoyen lambda continuera de ne pas voir les possibilités d’effondrement des systèmes alimentaires industriels, il restera bloqué dans une vision réductrice du « jardinage comme loisir » ou du « bio pour les bobos ». La peur est mauvaise conseillère, bien sûr, mais qu’en est-il du déni ? »

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