Nouveau plan logement, nouvelle approche… Vraiment ?

Le 7 janvier dernier, le gouvernement bruxellois a lancé son Plan d’urgence logement 2020-2024. Le Soir titrait à cette occasion : « Crise du logement : Bruxelles change de méthode », reprenant les termes de Nawal Ben Hamou, la Secrétaire d’État au logement de la Région bruxelloise. Pour nous qui appelons de nos vœux des solutions novatrices face à l’indéniable crise du logement à Bruxelles, c’était là douce et prometteuse musique à nos oreilles. À la lecture du nouveau plan, nous avons vite déchanté.

Les Ami.e.s du champ des Cailles partagent l’analyse du gouvernement selon laquelle « le problème n’est pas le manque de logements disponibles mais l’inaccessibilité grandissante à ces logements pour une partie de plus en plus importante de la population » (cf page 6 du nouveau plan). La raison pour laquelle la liste d’attente pour les logements sociaux ne cesse de s’allonger ne réside pas dans une démographie galopante. La raison pour laquelle de plus en plus de Bruxellois.e.s quittent la capitale ne réside pas non plus dans une offre insuffisante de logements. Mais bien dans la paupérisation de la population face à un marché immobilier hors de prix, tant pour la location que l’accès à la propriété.

Aucune construction n’est nécessaire pour loger décemment les Bruxellois.e.s. Les chiffres cités le confirment : « Au 1er janvier 2019, la Région comptait 579.619 unités de logements » pour 551.243 ménages, les projections allant jusqu’à 570.204 ménages en 2070, après un pic à 570.274 en 2040. Dès lors, « l’offre est théoriquement supérieure à la demande ».

Les solutions relèvent d’abord et avant d’une politique sociale forte. Les leviers pour rendre les logements accessibles et aider les ménages à faibles revenus sont nombreux et connus. Le Plan d’urgence logement mentionne par exemple la rénovation du parc de logements sociaux, un dispositif de lutte contre les logements inoccupés ou encore la réforme de l’allocation-loyer. La régulation du marché locatif privé pourrait aussi réduire rapidement la demande en logements sociaux.

Pourtant, le gouvernement actuel entend commencer par renforcer la mise en œuvre de plans datant de 2004 et 2013 en construisant tout ce qui peut l’être au plus tôt (Chantier 1, Action 1), notamment à l’aide d’une procédure accélérée pour l’octroi des permis d’urbanisme, et faire appel au privé en vue d’acquérir des projets clé-sur-porte (Chantier 1, Action 2).

Loin de se contenter de finaliser les projets de construction déjà avancés, il souhaite en lancer d’autres, y compris sur des espaces verts aussi riches en biodiversité que la friche Josaphat à Schaerbeek et des terres nourricières comme le terrain de la Ferme du Chant des Cailles à Watermael-Boitsfort. Des espaces qui contribuent au bien-être des habitant.e.s et à la réalisation concrète des politiques gouvernementales de la Région bruxelloise et de ses engagements à l’échelle européenne en matière d’environnement, d’alimentation et d’agriculture urbaine : Plan régional nature, Pacte vert pour l’Europe, stratégies Good Food et Good Soil, notamment.

C’est un déni socio-écologique et démocratique. La priorisation des solutions à la crise du logement doit considérer les besoins des habitant.e.s de manière holistique, en conciliant droit au logement et droit à un environnement sain, compte tenu de l’évolution dramatique des problématiques sociétales et environnementales. Ce déni est particulièrement manifeste dans la relance du projet de construction sur le champ des Cailles, qui ferme les yeux sur les alternatives durables évoquées dans le nouveau plan lui-même (rénovation de logements sociaux, réduction de la sous-occupation, constructions sur des espaces déjà bâtis) et ne respecte pas l’agenda du Plan particulier d’affection du sol (PPAS) en cours d’élaboration pour le quartier, à la demande d’habitant.e.s.

Pourquoi poursuivre prioritairement une politique de construction en incohérence avec le constat de base et les autres engagements du gouvernement bruxellois ?

Parce que, face à la difficulté de se renouveler et d’innover, il est plus facile d’apporter des changements à la marge qui ne remettent pas fondamentalement en cause l’ancien mode de pensée et de fonctionnement. Parce qu’il est difficile pour un navire aussi lourd que le système politique et l’administration publique de changer de cap. C’est ce qu’on appelle un verrou institutionnel : une fois de plus, le politique se montre incapable de pleinement prendre en compte la donnée environnementale dans une équation certes complexe, mais pas insoluble.

Nous appelons instamment les responsables politiques à s’attaquer à ce verrou institutionnel, à « changer de logiciel » pour s’élever, au-delà des couleurs politiques, à la hauteur des enjeux et de l’intérêt commun. En particulier, nous les appelons à renoncer aux nouveaux projets de construction, dont celui qui réduirait l’espace vital de la Ferme du Chant des Cailles – un espace vert et nourricier, mais aussi lieu de rencontre et de création de liens, faisant partie intégrante du réseau local d’acteurs sociaux.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s