CP 12/02/2022 – Manifestation festive pour préserver le champ des Cailles

UPDATE 12.02.2022 : – Manifestation festive pour préserver le champ des Cailles: intervention d’Olivier De Schutter

Ce dimanche 13 février se déroulera à Watermael-Boitsfort une manifestation pour préserver le champ des Cailles et les activités agricoles et citoyennes de la Ferme (cfr communiqué du 10 février).

Olivier De Schutter, co-président du Panel international d’experts sur les systèmes alimentaires, ex-Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation avant d’être rapporteur sur l’extrême pauvreté et les droits de l’Homme, y prendra la parole en tant que parrain de l’ASBL de la Ferme du Chant des Cailles.

Olivier De Schutter insistera notamment sur la dimension sociale du projet d’agriculture urbaine du Chant des Cailles, qui « contribue à la cohésion sociale et à reconnecter des familles de toutes origines à la terre et aux saisons ». Il est, selon l’expert, indispensable de « cesser une fois pour toutes d’opposer le social à l’écologique », tout comme « il faut cesser d’opposer l’accès au logement pour les ménages défavorisés à la préservation des espaces verts dans la ville. » Il ajoute que « nous sommes très loin, à Bruxelles, d’avoir épuisé toutes les possibilités permettant de garantir le droit à un logement abordable pour toutes et tous. Cette équation n’est pas impossible à résoudre. Elle ne passe pas par la bétonisation. Elle passe par le soutien aux initiatives citoyennes qui favorisent la convivialité, l’intergénérationnel, et la possibilité pour chacun, quel que soit son niveau de revenus, de participer à faire vivre son quartier. »

Pour rappel, la marche, rythmée par la fanfare du Coin du Balai, démarrera à 14h de l’avenue des Archiducs. Elle sera suivie, dès 15h, à l’avenue des Cailles, de courtes interventions du collectif des Ami-e-s du champ des Cailles (à l’initiative de la manifestation) et d’Olivier De Schutter, pour se clôturer par un rassemblement festif qui accueillera le Buena Vida Social Band, chorale engagée et militante du CNCD, qui soutient les initiatives porteuses de sens et de changement.

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CP 10/02.2022 – Manifestation festive pour préserver le champ des Cailles

Ce dimanche 13 février 2022 à 14h se déroulera à Watermael-Boitsfort une manifestation festive, en réponse au lancement du marché public pour la construction de 70 logements sur le champ des Cailles. Objectif : dénoncer l’amputation de ce champ et, plus largement, la bétonisation des espaces verts bruxellois, qu’une politique sociale et du logement plus volontariste pourrait éviter. Il s’agit aussi d’éviter la mise sous tutelle publique du projet citoyen d’agriculture urbaine qui s’y est déployé.   

Lancé en catimini le 21 décembre dernier par la SLRB (Société du Logement de la Région de Bruxelles-Capitale), l’avis de marché public vise la construction de 56 logements sociaux, 14 logements moyens et un équipement collectif sur une surface de 25% du champ des Cailles, un des rarissimes terrains agricoles de la Région bruxelloise.

Au même moment, la Région bruxelloise planche sur les conclusions de son enquête sur le prochain PRAS (Plan Régional d’Affectation du Sol), dont un des 5 enjeux est de mieux intégrer l’agriculture urbaine dans la ville. Dans sa Déclaration de politique générale, le gouvernement bruxellois dit vouloir « mobiliser des moyens ambitieux en vue de développer cette filière » et « se fixer des objectifs volontaristes en la matière, à savoir la production de minimum 30% de la consommation annuelle des Bruxellois en fruits et légumes à l’horizon 2035 », ce qui passera entre autres par une « politique de soutien aux nouveaux agriculteurs urbains ».

Le collectif citoyen des Ami.e.s du champ des Cailles dénonce dès lors les projets de constructions lancés par la SLRB. Il entend défendre le champ et les activités agricoles et citoyennes développées par la Ferme du Chant des Cailles, et il n’est pas seul à le faire. Plus de 9.000 citoyens ont signé une pétition pour s’opposer au projet et ils seront plusieurs centaines à descendre dans les rues ce dimanche 13 pour faire entendre leurs voix.

« Nous ne nous opposons pas à la création de logements sociaux dans le quartier (qui en compte déjà 59%) ni à Watermael-Boitsfort (qui en compte déjà 18%). Nous estimons toutefois essentiel de mettre fin à la bétonisation des sols alors que des alternatives existent et même s’imposent », précise le collectif. Il demande notamment au gouvernement bruxellois d’encadrer les loyers, de lutter davantage contre les logements insalubres et inoccupés (17.000 à 26.000, selon les récentes évaluations[1]), de lever les freins à la conversion des espaces de bureaux vides et de mettre les grands promoteurs immobiliers devant leurs responsabilités sociales et environnementales, pour répondre aux besoins des habitants plutôt que des investisseurs. Rappelons que, sur 4000 logements construits en moyenne chaque année à Bruxelles, seuls 1500 sont nécessaires pour absorber la croissance démographique, et seuls 120 sont des logements sociaux[2]. « Ces chiffres illustrent toute l’absurdité du projet de constructions au champ des Cailles mais aussi sur d’autres espaces verts », alerte le collectif. « Ces projets immobiliers sont une aberration tant écologique que sociale ».

Le collectif dénonce également le risque de démantèlement d’un projet citoyen actuellement fondé sur les liens : ceux entre producteurs et consommateurs d’une part, et ceux qu’il permet de tisser entre les gens du quartier de toutes origines et de tous milieux. Le protocole d’accord signé par la SISP Le Logis-Floréal et la SLRB (mais refusé par l’asbl La Ferme du Chant des Cailles) prévoit en effet de faire basculer ce projet vers un modèle subsidié et contrôlé par les autorités en place. « Le protocole sape le principe fondamental sur lequel repose l’activité de maraîchage : la solidarité. Car, à la Ferme du Chant des Cailles, on paie ses légumes selon son niveau de revenu. Il nie aussi tout l’intérêt pédagogique de l’auto-récolte, qui enseigne un autre rapport à l’alimentation et au vivant ». Le collectif ajoute ne pas pouvoir accepter « un discours qui prône la mixité et la cohésion sociale mais qui, dans les actes, se traduit par le démembrement d’un projet exemplaire dans ce domaine. »

La Ferme du Chant des Cailles a d’ailleurs dès le départ inscrit son projet d’agriculture urbaine dans une vision sociétale qui dépasse les seules questions environnementales : « Ce que nous contestons n’est donc pas la nécessité de loger décemment les dizaines de milliers de personnes en attente d’un logement social. Il y a nécessité. Ce que nous contestons, c’est le moyen. Il faut arrêter de prétendre que pour résoudre une crise, il faut en accentuer une autre. Au vu des millions de mètres carrés de bâtiments vides, au vu de l’urgence climatique et environnementale, couler du béton sur un sol vivant, amputer une des rares terres arables de la Région bruxelloise, en démantelant de surcroît un projet citoyen qui fait du bien à tout un quartier de logements sociaux, c’est un mauvais calcul. »