CP 05/04/2022 – Ami·e·s du champ des Cailles : l’action continue

Suite à l’annonce de l’échec des négociations au sujet de l’avenir du champ des Cailles, le collectif citoyen Les Ami·e·s du champ des Cailles, groupe distinct et indépendant de l’asbl La Ferme du Chant des Cailles, annonce poursuivre ses actions « stop béton ». Son objectif reste inchangé : dénoncer l’amputation de ce champ et, plus largement, la bétonisation des espaces verts bruxellois. Il s’agit aussi d’éviter la mise sous tutelle publique d’un projet citoyen d’agriculture urbaine qui s’y est déployé.

« Nous déchantons autant à la vue du contenu des négociations que de l’annonce de leur échec », a déclaré le collectif de soutien au champ des Cailles. « L’ouverture de nouvelles négociations politiques concernant l’avenir du champ des Cailles aurait pu offrir de nouvelles perspectives. Mais certains sont arrivés avec une calculette un peu basique, dans laquelle ils n’ont pas entré les données relatives au climat et à la diminution catastrophique des friches urbaines, terrains agricoles et espaces verts en ville, en dépit de leurs engagements. Nous nous demandons quand ce déni politique va cesser. »

Le collectif tient à rappeler que, contrairement à certaines allégations, la totalité du champ est valorisée à ce jour pour offrir les activités de maraichage, mais aussi des jardins collectifs, de l’élevage, des projets pédagogiques. Il ne s’agit donc pas de préserver uniquement le maraîchage, mais bien l’ensemble des activités qui sont au cœur du projet et en font sa force en termes de cohésion sociale.

Il rappelle aussi que le quartier des Archiducs compte déjà 59% de logements sociaux. Parmi les 137 quartiers répertoriés de Bruxelles, il s’agit du 2e quartier accueillant la plus grande proportion de logements sociaux à Bruxelles, juste derrière le quartier Bon Air à Anderlecht (60%). La moyenne régionale est de 7,2%. « La perspective d’occuper la première place de ce classement ne nous effraie pas, au contraire. Notre combat, faut-il encore le répéter, n’a rien de nimby : il est motivé par l’urgence climatique, par le besoin de développer l’agriculture urbaine et de s’engager résolument dans une transition écologique et sociale, besoin que l’actualité nous rappelle sans cesse. Nous voulons croire à la théorie du grain de sable. Croire qu’il est encore possible d’inverser la tendance. Et pour cela nous nous devons de soutenir à notre échelle le combat de millions de jeunes qui s’époumonnent aujourd’hui dans les rues pour ne pas mourir asphyxiés demain. »  

Les Ami·e·s du champ des Cailles sortent aussi de leur réserve pour dénoncer les pressions subies tant par le collectif citoyen que par l’asbl La Ferme du Chant des Cailles. Cette dernière, confrontée à la perspective d’abrogation de sa convention d’occupation précaire du champ, a pris la décision de poursuivre son partenariat avec la SISP Le Logis-Floréal, par souci de préserver les activités de transition écologique et sociale qu’elle développe avec succès depuis une dizaine d’années.

« Cette décision était accompagnée de l’affirmation que l’asbl ne s’opposerait pas à des constructions sur le champ. Cela en a déçu beaucoup et nous partageons cette déception », ajoute le collectif, tout en tempérant : « Nous comprenons que la Ferme ne puisse pas se permettre d’entrer en conflit avec le propriétaire du terrain. Cela n’empêche pas l’action de notre collectif pour la défense du champ de continuer, bien au contraire. Depuis la manifestation du 13 février dernier, qui avait rassemblé 900 personnes autour du champ, et la remise d’une pétition de 9000 signatures au gouvernement bruxellois, la mobilisation a pris un nouvel élan. D’autres collectifs de défense de friches bruxelloises ont entamé un tour des sites menacés, auquel nous participons », se réjouissent les Ami·e·s du champ des Cailles, qui étaient présent·e·s à la marche pour sauver la friche Josaphat le 13 mars dernier et le Donderberg le 3 avril, et qui seront également présent·e·s le 15 mai au marais Wiels. 

Le collectif se concerte actuellement avec d’autres acteurs de défense des espaces verts et de l’agriculture urbaine afin de mettre en place de nouvelles actions destinées à freiner les bétonnières. Ces actions prendront plusieurs formes avec, à l’horizon 2024, la modification du Plan Régional d’Affectation du Sol (PRAS) que tous souhaitent suffisamment ambitieux face aux défis environnementaux sans précédent auxquels nous sommes confrontés.

Les Ami·e·s souhaitent néanmoins que les relations avec le Logis-Floréal puissent s’apaiser : « les points de convergence entre les protagonistes concernés sont en réalité nombreux et le dialogue reste préférable, à condition qu’il puisse s’extraire de logiques partisanes et de réflexes corporatistes », estime le collectif. « Nous avons d’ailleurs aussi manifesté, ce 27 mars, dans le cadre du Housing Day, pour réclamer l’encadrement des loyers, une régulation plus volontaire du secteur de l’immobilier et la création de logements sociaux et accessibles. Ceci sans bétonisation toutefois des sols vivants. Il ne s’agit plus, aujourd’hui, de savoir sur quels bouts de terre construire, mais de trouver des solutions structurelles qui répondent massivement au besoin de logements sociaux et abordables tout en préservant l’environnement », ajoute le collectif, bien conscient de l’imbrication étroite entre les enjeux environnementaux et sociaux. « Aujourd’hui, le logement bruxellois est devenu un produit financier, au bénéfice d’une minorité, sans lien avec les besoins des habitants. La solution n’est pas de construire plus, plus que nécessaire d’ailleurs, mais bien de changer profondément les règles du jeu. »