Plaidoyer co-signé par 20 personnalités (2016)

Plaidoyer pour la préservation intégrale du champ,
avenue des Cailles à Watermael-Boistfort

Nous, « Les Ami.e.s du champ des Cailles »[1], collectif de citoyens de Watermael-Boitsfort, associations et personnalités soussignées, demandons la préservation intégrale du champ de 3 hectares situé le long de l’avenue des Cailles.  Notre action est menée en totale solidarité avec les autres collectifs qui défendent les terres arables face à des menaces de construction et avec les Luttes Paysannes[2]. Nous demandons l’abandon du projet actuel de construction. Nous demandons que le projet d’agriculture urbaine développé actuellement sur le champ soit soutenu dans son plein potentiel. Parce que la société de Demain se construit aujourd’hui.

Des constats alarmants qui accentuent la nécessité d’agir

Les prévisions en matière de climat et de ressources énergétiques sont alarmantes et amènent les grandes villes partout en Europe à repenser leurs modes de développement, pour des raisons d’environnement, mais aussi de santé et de qualité de vie. Pour Bruxelles aussi, il est urgent de prévoir des sources d’alimentation en produits frais, sains et de proximité.

Dans ce contexte, début février 2016, la Ministre bruxelloise de l’Environnement, de la Politique agricole, de l’Energie, du Logement, de la Qualité de la Vie, Madame Céline Frémault présentait sa stratégie « Good Food », un plan d’alimentation durable pour Bruxelles. Celle-ci a été avalisée par le Gouvernement bruxellois et vise à:

« proposer une offre d’alimentation saine, locale et de qualité ; garantir l’accès à l’alimentation durable pour tous les Bruxellois et lui octroyer davantage de visibilité ; répondre aux besoins locaux avec un système performant d’un point de vue économique et environnemental ; susciter la création d’emplois durables, de nouveaux métiers et de nouveaux business modèles ; favoriser des solutions innovantes et collaboratives, impliquant tous les acteurs de la chaîne alimentaire, mais aussi les autorités concernées ; favoriser un processus de production et de transformation locales ».

 
Les activités développées sur le champ des Cailles répondent tout à fait aux objectifs de la stratégie Good Food. C’est ce qui rend ce projet exemplaire !

Des activités agricoles complémentaires, pédagogiques et génératrices d’emplois

Grâce au soutien précieux du Logis, société coopérative de logements sociaux, propriétaire du lieu qui a osé mettre à titre précaire et gratuitement ce terrain à la disposition de citoyens et professionnels motivés, le champ des Cailles, encore en friche en 2012, accueille maintenant diverses activités florissantes qui ont, entre autres, permis de créer 8 emplois:

  • une culture maraîchère fournit en légumes frais sans pesticide 300 personnes du quartier (3 emplois);
  • un élevage de brebis propose des fromages, yoghourts, viande et laine (3 emplois);
  • un jardin de plantes médicinales procure des plantes médicinales et une éducation aux plantes sauvages comestibles dans le quartier (2 emplois);
  • un potager collectif réunit 80 personnes qui se rencontrent autour de la culture de légumes et la valorisation de la biodiversité;
  • un « Quartier Durable Logis-Floréal » organise et fait exister une multitude d’événements, actions et rencontres autogérés par et pour les habitants du quartier, allant de la création d’un poulailler collectif à l’ouverture d’une épicerie participative;
  • des parcelles pédagogiques accueillent des enfants des écoles Sainte-Thérèse, Les Colibris, La Sapinière, le Karrenberg, la Clairière (enseignement spécialisé) et de la Maison de Quartier des Cités-Jardins. La jeune génération se familiarise avec les moutons et cultive sur des parcelles qui lui sont dédiées;
  • un projet intergénérationnel permet à des grands-parents locataires du Logis-Floréal de cultiver avec leurs petits-enfants des parcelles qui leur sont exclusivement réservées.

La réussite et l’exemplarité du projet global reposent sur la complémentarité et l’interdépendance des différentes activités sur le champ. La présence sur le même terrain d’activités d’élevage et de culture de légumes rappelle la complémentarité de ces deux activités agricoles.   La présence des citoyens à côté des professionnels témoigne également de la complémentarité et de la dépendance entre les producteurs et les consommateurs. Amputer le champ d’une des activités, c’est lui ôter sa singularité et sa force.

 

Des activités génératrices de cohésion sociale

En l’espace de seulement quatre années, le champ est devenu un lieu ouvert sur le quartier, où se côtoient des personnes de toutes origines, de tous milieux sociaux et de tous âges. Chacun peut y venir s’y ressourcer, s’y reposer, s’y rencontrer, s’y promener. Le champ est un lieu de détente, un lieu de convivialité qui renforce la cohésion sociale dans le quartier.

Le projet contribue de manière remarquable à la mixité sociale, économique et intergénérationnelle. Il rapproche des groupes sociaux éloignés socialement et financièrement dans une commune dont 18% des logements sont des logements sociaux (la moyenne régionale se situe à 7%). Cette belle réalisation bénéficie également d’une reconnaissance qui dépasse le quartier.

Une demande claire : l’abandon du projet de construction sur le champ

Malgré l’exemplarité de ce projet vivant et porteur mis en place par des citoyens, il est actuellement menacé par la construction de 70 nouveaux logements.

Nous demandons dès lors au Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale de respecter son engagement consistant à ce que « les espaces cultivés pour nourrir la ville [soient] préservés et multipliés dans les projets d’aménagement du territoire ».

Abandonner le projet de construction sur le champ à l’avenue des Cailles, c’est préserver une production alimentaire bruxelloise qui contribue déjà aujourd’hui à l’objectif « d’une production locale de 30% pour nos fruits et légumes d’ici 2035 » fixé par le Gouvernement dans Good Food.

Signataires 

Gaëlle Audo, Fondatrice du réseau Colibris Bruxelles ;

Isabelle Cassiers, Economiste, Professeure à l’UCL et Chercheuse qualifiée du FNRS ;

Gauthier Chapelle, Chercheur indépendant, auteur et conférencier ;

Emeline De Bouver, Chercheuse en sociologie politique à l’UCL et Centre Avec ;

Chloé Deligne, FNRS/ULB, Historienne ;

Nicolas Dendoncker, Professeur à l’UNamur ;

Olivier De Schutter, Professeur à l’UCL ;

Amaury Ghijselings, Quinoa ;

Jean-Claude Grégoire, Professeur honoraire à l’ULB ;

Louis Hautier, Docteur en sciences agronomiques et membre GIRAF ;

Julie Hermesse, Chargée de recherche FNRS – UCL ;

Cécile Honhon, Membre de Grands-parents pour le Climat ;

Pierre Lambelin, Natagora Bruxelles ;

Fabienne Minsart, Les Ami.e.s du champ des Cailles ;

Pablo Servigne, Chercheur indépendant, auteur et conférencier ;

Isabelle Stengers, Philosophe, ULB ;

Lucienne Strivay, Enseignante-chercheuse à l’Ulg ;

Denise Van Dam, Chargée de cours à l’UNamur ;

Luc Vandermaelen, Locale de Watermael-Boitsfort du mouvement Tout Autre Chose ;

Nicolas Vereecken, Professeur d’agroécologie à l’ULB ;

Benedikte Zitouni, Sociologue, USL-B.

Nouveau signataire après la publication de la Lettre Ouverte:

Serge Peereboom, paysan maraîcher à la ferme Arc-en-Ciel et coprésident du Mouvement d’Action Paysanne


[1] Indépendant de l’asbl La Ferme du Chant des Cailles

[2] http://luttespaysannes.be/